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Santé : Les examens prénuptiaux encore à la traine

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Ces tests qui offrent pourtant au couple la chance d’éloigner certaines pathologies de leur progéniture n’intéressent pas toujours les Camerounais.

Au moins sept des dix femmes interrogées ce lundi à Yaoundé disent ne pas se préoccuper des examens prénuptiaux. N’allez pas croire que le fait est réservé à une classe sociale précise. Même parmi le personnel médical, on dit n’avoir pas pris des dispositions pour ce détail avant le mariage. Dans des pays comme la France, le certificat prénuptial, pièce délivrée par un médecin et attestant que tous les examens ont été effectués a longtemps été une des formalités obligatoires qui donnent droit au mariage. « Ce certificat a pour objectif d’établir un bilan médical des futurs époux et de les informer sur la vie sexuelle, la contraception, la maternité et l’hygiène de vie. Aujourd’hui, ce certificat n’est plus obligatoire mais les examens prescrits dans ce cadre sont désormais conseillés chez les femmes qui désirent avoir des enfants », peut-on lire sur le site du journal français Le Figaro. « Cette souplesse peut se comprendre par le fait que beaucoup de maladies congénitales qui sévissent en Afrique n’existent plus en France par exemple », dégage un médecin de santé publique à Yaoundé.

Beaucoup de camerounais ne semblent pas encore avoir compris le bien fondé de cette étape qui précède la vie de couple. Même si des sources médicales indiquent que des avancées s’observent chez certains couples. « Sur dix couples, un vient spontanément demander à faire des examens prénuptiaux ces temps. Ce sont des choses qu’on ne voyait pas avant. On pouvait avoir des gens qui viennent en consultations et qui demandent à faire, pas la totalité, des tests que comporte le paquet concernant les examens prénuptiaux, mais deux ou trois de ceux-ci », renseigne Caroline Mpélé, infirmière supérieure et spécialiste de la santé de reproduction. La spécialiste en service dans un centre de santé spécialisé dans la prise en charge de la mère et de l’enfant se convainc de ce que l’attitude des couples vis-à-vis des examens prénuptiaux découle de ce qu’ils n’ont pas de perspectives sur le mariage.

« Des gens se mettent parfois ensemble sans savoir pourquoi. D’autres ne pensent au mariage que quand l’enfant survient », accentue-t-elle, dans la peau d’une sociologue. En même temps elle se félicite de ce qu’il existe, de plus en plus, des hommes éclairés. « Nous recevons parfois des hommes qui demandent à connaître jusqu’à leur taux de fécondité. C’est encourageant », confie Mme Mpélé. Elle ignore cependant les motivations de ce groupe d’usagers. Qui pour d’aucuns ont eu l’idée après un incident avec une compagne. « Ma copine m’a accusé d’être stérile alors qu’elle m’a trouvé avec mes enfants nés de mon épouse décédée », admet un homme d’un certain âge.

Loi sur les examens prénuptiaux

Quels que soient les motifs de ce réveil, il faut dire que le manque d’examens prénuptiaux dans un couple l’expose à des problèmes de santé souvent irréparables. Ceux-ci affectent même plus les enfants. Aurélie est Française aujourd’hui. Mais elle tranche que, même s’il lui était arrivée d’épouser un homme de n’importe quelle autre nationalité, elle ne l’aurait jamais accepté qu’après des examens prénuptiaux. C’est qu’en fait, la Française aurait dû épouser Paul. Pendant leur jeunesse, dans une ville de la région du Sud Cameroun, les deux amoureux se l’étaient promis.

Mais au cours de leur vie de fiançailles, une grossesse surviendra. Aurélie donnera au monde un garçon. Quelle joie dans les deux familles ! Seulement, oui, seulement, au bout de six mois, la santé du bébé décline. Il maigrit, il a régulièrement la température élevée. « C’est le paludisme », annonce de prime abord, les parents et le personnel de santé d’un hôpital local. Après un traitement d’une semaine contre la malaria, le nourrisson ne recouvre pas la santé.

Son grand-père, infirmier à l’époque des faits, suggère un test d’électrophorèse. Les résultats de l’examen révèlent que le bébé est drépanocytaire homozygote SS. Les électrophorèses d’Aurélie et Paul demandées par la suite révèlent qu’ils sont tous du groupe sanguin AS, avec S dominant. Donc porteurs d’hématie Hétérozygote AS. Fin de l’aventure est tout de suite sonnée. Mais avec un enfant malade qu’il faut traiter pendant toute la vie.

Les examens prénuptiaux comprennent globalement la détermination du groupe sanguin et du Rhésus, une recherche d’agglutinines irrégulières, une sérologie de la toxoplasmose et de la rubéole en raison des risques de malformations associées à ces maladies si elles se déclarent en cours de grossesse. D’autres examens peuvent aussi être proposés : sérologie HIV, syphilis, hépatites virales B et C. Pour Caroline Mpélé, les hépatites virales, la drépanocytose et le vih/sida sont des maladies à prévenir lorsqu’un couple en a la possibilité. « Sans pour autant négliger les autres, celles-ci sont incurables et constituent des gouffres à sous pour les ménages », souscrit-elle.

C’est pour soulager les futurs mariés que la Camnafaw (Cameroon National association For Family Welfare) entendez Association camerounaise pour le bien-être familial organise du 12 au 15 mai, en prélude à la Journée mondiale de la famille, des séances pour les tests prénuptiaux à 15.000 Fcfa. Selon Madame Zoa, l’une des coordinatrices de l’initiative, les prix sont promotionnels parce que tout l’ensemble des examens prénuptiaux revient à plus de 20.000 Fcfa en temps normal. Le Cameroun annonce depuis plus de cinq ans, le vote d’une loi imposant les examens prénuptiaux à tous les couples. Elle reste attendue.

Adrienne Engono Moussang, Mutations

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