Unicef

Quand un jeune artiste chante son combat contre la poliomyélite

Privé de sa motricité par la polio, qu’il a contractée durant son enfance, Bouba Magrama donne de la voix pour lutter contre cette maladie virale très contagieuse, et promouvoir les campagnes de vaccination, seul moyen de lutte contre ce terrible fléau.

Bouba Magrama n’est pas peu fier de sa prestation musicale ce jeudi 24 mai 2017 au Cercle municipal de Maroua, à l’occasion du lancement du partenariat Ministère de la Sante Publique (MINSANTE) — Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) en faveur de la promotion de la vaccination, la recherche des manqués lors des campagnes de vaccination et la prévention de la maladie à virus Ebola dans la région de l’Extrême-Nord. «Je suis fier d’avoir donné ma voix pour aider à éradiquer complètement les maladies telles que la poliomyélite», confie Djalia, de son nom d’artiste. Le jeune homme de 34 ans est d’autant plus ému qu’il a été une victime de polio dans son enfance. «J’en ai beaucoup souffert !», dit-t-il.

«J’ai commencé à développer des troubles de motricité à l’âge de 4 ans. Dans mon entourage, on disait que c’était le malheur qui venait frapper ma famille. A 5 ans, je ne pouvais plus marcher. Peu de temps après, mon père est décédé. Dans la famille, on disait que c’était moi qui attirait le malheur », se remémore Djalia, les yeux brillants de larmes.

«Ma mère a subi toutes sortes de pression. On lui a clairement dit que si elle ne se débarrassait pas de moi, elle serait elle aussi frappée par la mort, car j’étais un envoyé du Diable. Pour nos proches et même quelques membres de ma famille, j’étais devenu inutile. Certains disaient à ma mère d’aller me noyer dans un ruisseau, d’autres lui conseillaient de me jeter derrière la montagne ou de m’abandonner sous les tamariniers à des heures indiquées, car ces lieux abritent de mauvais esprits», poursuit-il, la voix tremblante.

La vie sauve, il la doit à l’amour de sa mère, assure-t-il. «C’est grâce à son amour que je suis devant vous, bien vivant. Elle m’a aimé tel que j’étais. Chaque soir, elle me prenait dans ses bras», se rappelle le jeune artiste. Il faudra pourtant attendre des années pour que Djalia comprenne qu’il n’est pas l’objet d’un mauvais sort, et que la stigmatisation dont il souffre, comme des milliers d’enfants au Cameroun, ne doit pas l’empêcher de trouver son chemin dans la vie.

«Devenu grand, avec les explications des personnes qui connaissent cette maladie, j’ai fini par comprendre, ainsi que ma famille, que c’était la polio qui était à l’origine de mon état. J’en voulais à tout le monde de m’avoir laissé attraper une maladie qui était évitable et qui a gâché ma vie », affirme Djalia.

C’est pourquoi, aujourd’hui, il se sert de la musique pour faire tomber les préjugés et inciter les parents à faire vacciner leurs enfants. «Je me suis engagé dans ce combat parce que je suis un miraculé !», lâche-t-il. Il mise sur sa notoriété locale pour faire bouger les lignes. «Ma chanson, ‘Stop polio’, est un appel lancé à tous les parents, particulièrement ceux de l’Extrême-Nord, afin qu’ils ne soient plus négligents et évitent des maladies à leurs enfants dès le bas âge», affirme-t-il.

C’est sur cet appel que Djalia continue à chanter son histoire afin de faire comprendre au plus grand nombre que le seul moyen de lutter contre la polio, c’est la vaccination, et qu’aucun enfant ne doit être laissé de côté.

                                          Par Fabrice Coula, UNICEF Cameroun